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La fessée ? C'est l'abandon de l'autorité !

 Les Anglais s’y refusent. A l’euro ? Aux mètres ? Non. Mais à la suppression de la fessée comme procédure éducative, que le châtiment corporel ait lieu à la maison ou bien à l’école. Nous ? Ca nous fait un peu sourire. Qui débattrait de cela en France ? La fessée ? Elle ressort de la sphère privée et qui se vanterait de l’utiliser en lieu et place du dialogue. Pourtant, dans la rue, les magasins, chez les amis parfois, une main se lève et retombe sur les fesses, les mains ou la joue d’un enfant. Les cris s’arrêtent. Et les parents, satisfaits, de revenir à leurs moutons.

Il ne s’agit pas de juger. Mais simplement d’un peu réfléchir. Se poser la simple question : pourquoi les cris, les pleurs, les comédies, les bêtises de nos chérubins nous poussent à utiliser une violence physique que par ailleurs nous rejetons globalement ?

« Parce que rien d’autre ne le calme »

« Parce que lorsque l’on a dit arrête plusieurs fois et que l’on n’est pas écouté… »

« Parce que c’est moi le patron »

« Parce que je n’en peut plus »

Et oui… Remise en cause par les comportements d’enfants de notre autorité, lassitude devant les cris et les comédies, impression d’impuissance et de désaveu… Mais essentiellement besoin d’affirmer notre autorité vis-à-vis de l’enfant et de la collectivité. Il faut qu’il se tienne bien. Brrrr. En venir au main – qu’il s’agisse d’une forte gifle ou d’une tape sur les mains (le processus est le même) – est pourtant le signe de la plus totale impuissance, l’incapacité de recourir au langage, à la communication verbale qui nous distingue de notre environnement. De cette capacité à gérer une situation de crise.

Pourtant, imagine-t-on l’impact sur l’enfant de cette main qui se lève ? Comment établir un lien de confiance basé sur le respect mutuel si l’on utilise cette arme ? L’autorité ne se fonde pas sur la crainte mais bien sur l’acceptation consciente et volontaire. Sinon elle n’est que peur et donc soumise à transgression.

Privilégier le dialogue, tout en ne cédant pas aux injonctions et aux pleurs, s’est faire montre d’une autorité bien supérieure à l’usage de la main. L’enfant n’a pas conscience de ce pouvoir monstrueux qu’il possède : vous pousser à bout. Arriver à vos limites tout en s’habituant à la punition, l’accepter comme indubitable, presque un jeu. La prendre comme modèle de comportement : je ne suis pas content, je frappe. Pourquoi m’en priver, mes parents le font.

Oui, on peut être fatigué, en avoir assez de répéter mille fois la même chose, se sentir ridiculisé par un enfant vautré en pleure au milieu du centre commercial. Mais faisons preuve de sagesse. La fermeté ne rime pas avec la violence physique. L’autorité ne se mesure pas à la rougeur des fesses, de la main ou de la joue. Elle se mesure à l’aune de votre capacité à faire face de façon « zen » à cette demande d’attention, à ce besoin de transgression.

Fesser ? C’est abandonner son autorité. Pour longtemps. Et c’est surtout instaurer une crainte que votre enfant ne devrait jamais ressentir à votre égard.

José Lagorce
Sociologue, journaliste, écrivain  

 
 

Pour une parentalité sans violence
 

Voici un résumé du N°43 de Allaiter Aujourd'hui consacré à "la parentalité sans violence". On sait combien il est parfois difficile de considérer le bébé comme une personne, d'être à l'écoute de ses besoins, de respecter ses rythmes. Tout, dans la société autour de nous, dans notre entourage proche, dans notre propre éducation..., nous pousse au contraire à le dresser, à considérer l'expression de ses besoins comme des caprices visant à nous manipuler, à exiger qu'il fasse tout (ne plus se réveiller la nuit, marcher, être propre, etc.) le plus tôt possible. Cela ne fait bien sûr que croître et embellir à mesure que le bébé grandit, devient bambin, petit enfant, enfant, adolescent... Partout on n'entend parler que de règles, de limites, de "bonnes fessées" qui lui remettraient "les idées en place", de "claques qui se perdent", etc.
Dans ce domaine, la France ne fait pas figure d'exception. C'est ainsi que d'après un sondage récent, 88% des Britanniques revendiquent le droit de donner des raclées à leurs enfants (1).

Inutilité et nocivité des coups

Pourtant, les études ne manquent pas qui montrent l'inutilité des châtiments corporels. Par exemple, une méta-analyse qui a recensé 166 articles médicaux conclut que les analyses prospectives ou rétrospectives ne trouvent aucun résultat positif à leur utilisation (2).
D'autres études ont montré la relation entre la fréquence des punitions corporelles et les comportements antisociaux des jeunes, le nombre d'accidents subis dans l'enfance et l'adolescence (3), l'agressivité, les troubles du comportement, les capacités intellectuelles diminuées, etc., etc. (4)
Bien sûr, des coups brutaux auront des séquelles plus graves, mais même les violences que l'on dit "légères" (claques, fessées...), si elles sont répétées et érigées en outil "éducatif", peuvent engendrer ce genre de conséquences. L'enfant dont les erreurs sont sanctionnées par des coups vit dans la peur d'être frappé et n'ose entreprendre quoi que ce soit de difficile de crainte de déclencher la punition. Il apprend que la violence est la "solution" en cas de désaccord, et n'hésitera pas à l'utiliser à son tour quand il sera en position de force.

Sur le plan physiologique, les punitions corporelles répétées "cassent les mécanismes naturels d'adaptation aux situations dangereuses que sont la fuite ou la protection de soi, puisque devant les coups parentaux on ne peut ni fuir ni se protéger. S'il a brutalement à faire face à une situation dangereuse, l'enfant risque de se trouver en état d'inhibition, de sidération, qui le rendra incapable de se protéger efficacement" (4), d'où le plus grand nombre d'accidents chez les enfants battus.

La violence, ce n'est pas que les coups

La violence, c'est aussi la maltraitance psychologique : violence verbale, humiliations, dévalorisation, etc., etc.
C'est aussi la "camisole chimique". Une récente étude, publiée dans le Journal of the American Medical Association, révèle qu'aux Etats-Unis, des enfants de 2 à 3 ans, normalement agités pour cet âge, sont diagnostiqués comme étant atteints d'ADHD (Attention Deficit and Hyperactivity Disorder) et traités en conséquence : le nombre d'enfants de 2 à 4 ans traités à la ritaline a triplé entre 1991 et 1995, le nombre de ceux qui reçoivent des antidépresseurs a doublé.

Faut-il punir ?

Pour certains, ce ne sont pas seulement les punitions corporelles qui sont à proscrire, mais toute punition qui renvoie à l'arbitraire (de chaque famille) et non à la loi (de la société), et qui systématiquement s'attaque au plaisir de vivre (privation de dessert, de télé, de sorties, etc.).
Ne pas faire usage de la punition ne signifie pas qu'on ne demande pas réparation en cas de bêtise, ni qu'on ne met aucune limite. Mais l'on peut, en cas de transgression, rappeler la limite (quitte à la renégocier) sans nécessairement passer à la punition (5).

De toute façon, ces fameuses "limites" ne sont bien souvent que les propres limites de tolérance des parents. Et pour amener l'enfant à les respecter, toutes sortes de négociations peuvent être engagées avec lui, en fonction de son âge.

Comment faire autrement ?

La première chose est sûrement de bien s'informer sur le développement psychomoteur de l'enfant et donc sur ses possibilités réelles à tel ou tel âge. Par exemple, si l'on sait qu'un enfant n'est pas capable de maîtriser ses sphincters avant 2 ans en moyenne, on sera moins tenté d'exiger de lui qu'il soit propre à 18 mois et de le punir s'il fait pipi par terre ou dans sa culotte. De même, si l'on sait qu'un petit enfant est incapable de comprendre que son exploration du magnétoscope risque de le casser, au lieu de lui taper sur la main chaque fois qu'il s'en approche (ce qui relève du dressage d'un animal), on l'installera hors de sa portée.

On peut aussi s'efforcer d'être soi-même un bon modèle de communication, apprendre à identifier et gérer les conflits, apprendre à négocier, comme ce devrait être la règle dans une société démocratique.

Et surtout, ne pas oublier la tendresse. Comme le dit la brochure d'Éduquer sans frapper : "La tendresse est la dimension émotionnelle qui permet de compenser les duretés de la vie. Elle n'est pas antinomique d'organisation, de repères, de fermeté : être tendre, c'est être ni dur ni mou !".

Laissons le mot de la fin à Alexander Lowen

"Chaque fois qu'un enfant s'estime frustré d'un plaisir, il se bat pour le conquérir. Ceci peut donner lieu très facilement à un conflit avec les parents. L'enjeu se transforme vite, et l'on en arrive à une lutte pour le pouvoir. Les parents, estimant que leur droit à contrôler la situation est mis au défi, n'hésitent pas à se servir de leur puissance supérieure pour imposer de force leur volonté. Pour amener l'enfant à se soumettre, ils peuvent avoir recours à la punition ou bien utiliser la menace de retirer leur amour.

Cet événement est le coup d'envoi d'une lutte pour le pouvoir entre parents et enfants. Elle peut se prolonger de façon intermittente pendant des années. Dans cette lutte, les enfants sont toujours perdants puisqu'ils dépendent de leurs parents. Mais en fin de compte les parents aussi sont perdants. Ils perdent l'affection profonde et l'amour qui ne peuvent s'épanouir que dans les joies et les plaisirs partagés".

(Le Plaisir, Ed. Sand, collection Le corps à vivre)

Claude Didierjean-Jouveau
 
  (1) Après modification d'une loi datant de 1860, ces raclées devront désormais être données "dans un cadre aimant et affectueux" (sic) et sans utilisation d'un instrument pouvant blesser à la tête, aux oreilles ou aux yeux ! Cela laisse pas mal de parties du corps à massacrer...
(2) Pediatrics, vol. 98, octobre 1996.
(3) Jacqueline Cornet, Faut-il battre les enfants ?, Hommes et perspectives, 1997.
(4) On trouvera de nombreuses références dans la brochure de l'association Éduquer sans frapper.
(5) Sur ce sujet, voir la conférence de Bernard Lempert, La punition.
Cassette à commander à : Audijuris, 21 Bd Dubus, 27300 Bernay. 142,35 F
franco de port.
 
Bébés : ne pas secouer

Une récente et remarquable émission de télévision (Il n'y a pas de bonne fessée, France 2, 4 mars 2000) a alerté sur un danger très peu connu en France (1) : celui qu'il y a à secouer les bébés.

Tableau typique : le parent exaspéré par les cris du bébé le secoue à bout de bras pour tenter de le faire taire.
Le neurochirurgien de l'hôpital Necker qui était interviewé, a très bien expliqué que ce geste fait ballotter la tête du bébé, cisaille les vaisseaux du cerveau, créant des hémorragies cérébrales plus ou moins importantes, avec des conséquences pouvant être gravissimes (5% de morts, des hémiplégies, des épilepsies et autres dommages cérébraux irréversibles).

(1) Dans les pays anglo-saxons, on trouve des affiches informant les parents dans les maternités, les dispensaires, et jusque dans le métro londonien.

Éduquer sans frapper

Créée sous la présidence d'honneur d'Alice Miller et regroupant des travailleurs sociaux, des psychologues, des avocats et des médecins, l'association "Éduquer sans frapper" s'est fixé comme objectif "d'agir en vue de l'interdiction légale de toute forme de châtiment corporel envers les enfants, y compris du fait des parents". Certains mettent en doute le bien-fondé et l'utilité d'une telle loi. En fait, le but serait de faire évoluer les mentalités en l'accompagnant d'une large information de la population.

C'est ce qui s'est produit dans tous les pays (Suède, Danemark, Autriche...) où existent des lois semblables. En Suède par exemple, quand la loi interdisant les châtiments corporels des enfants a été promulguée en 1977, 70% des citoyens y étaient opposés. En 1997, ils n'étaient plus que 10%. En vingt ans, les mentalités s'étaient transformées.

L'association a publié une brochure très complète sur le sujet, avec un historique, les arguments des pour et des contre, des références scientifiques (15 F franco de port).

Éduquer sans frapper, 7 rue Liancourt, 75014 Paris, 01 46 38 21 22.

Bien cordialement
Karine TURPAULT / animatrice de la Leche League France


 

Jacqueline Cornet - Médecin généraliste - Présidente de l'association « Ni claques, ni fessées »
Lauréate du prix scientifique de la fondation pour l'enfance pour son étude sur le lien :
Violence ­ prédisposition aux accidents

 
Présentation de l'étude à la table ronde organisée par l'A.F.C.D.R.P. Au siège de l'UNESCO le 5 février 2003
 

 Frappée par le comportement stéréotypé de certains jeunes qui multipliaient les accidents, et qui apparaissaient toujours comme assez remuants et « m'as-tu vu » dans sa salle d'attente, le Docteur Cornet s'est posé la question de savoir si le laxisme parental, ou au contraire un autoritarisme excessif, avait pu jouer un rôle dans les comportements de ces jeunes et la multiplication de leurs accidents.

 
Déroulement de l'étude
 

Trois cents jeunes gens et jeunes filles de 18 à 35 ans ont été interviewés dans des services hospitaliers universitaires dans lesquels ils étaient en traitement à la suite d'un accident de la route.
Cent deux questions leur ont été posées concernant ce qui avait constitué leur environnement tout au long de leur enfance et de leur adolescence en répertoriant : les lieux de vie, les activités pratiquées par loisir ou obligation, les types d'insertion scolaire puis professionnelle, enfin les caractéristiques de leur milieu éducatif. En particulier, l'exploration du système familial (ou de ce qui en avait tenu lieu) cherchait à mettre en évidence ses traditions, son insertion sociale, les rapports affectifs et de pouvoir qui s'y développaient et la façon d'y régler les conflits, y compris la force et la fréquence des punitions corporelles utilisées.
Parallèlement et pour chacun des 300 enquêtés, la liste de leurs accidents passés et de leurs maladies antérieures a été établie pour permettre de comparer les multirécidivistes à ceux qui n'avaient eu qu'un seul accident. La moitié des enquêtés ont répondu aux questions lors d'interviews en tête à tête, l'autre moitié répondant seuls, à un questionnaire écrit.

 
Résultats

L'exploitation informatique et statistique des données recueillies a permis de mettre en évidence :
- que la fréquence et la gravité des accidents dont ces jeunes avaient été victimes étaient en rapport très étroit avec les coups reçus dans le cadre de leur système éducatif; les coups fréquents et les coups entretenus après la puberté ayant les impacts les plus élevés sur le nombre de accidents ; - que les tableaux d'analyse statistiques (dits d'analyse de la variance) révélaient un effet significatif à 99,9 % de la progression des coups sur la croissance du nombre des accidents, confirmant donc une relation franche de cause à effet entre les coups et les accidents ; - qu'aucun autre des 102 critères explorés ne semblait avoir eu, et de très loin, un tel impact.

Il est intéressant de noter que les plus accidentés étaient aussi ceux qui avaient été les plus souvent ou les plus gravement malades et, comme nous venons de le montrer, les plus battus : certaines maladies, comme certains accidents, pourraient alors être qualifiés de « socio-somatiques ».

 Comment expliquer la relation coups reçus / multiplication des accidents ?

L'accident présente les caractéristiques d'un réflexe conditionné, puisqu'on le retrouve d'autant plus grave et répétitif que les coups reçus à titre éducatif ont été fréquemment et longuement entretenus. L'explication en est simple : l'être humain est programmé, devant toute agression, pour se défendre ou fuir. Or, devant les coups donnés par les éducateurs, fuite et défense sont interdites. Si l'on reproduit souvent et longtemps cette interdiction, on conditionne l'enfant à bloquer ses réponses naturelles de défense devant toute situation dangereuse, inhibant ainsi une adaptation rapide et efficace devant toute situation périlleuse.

 Remarques collatérales

Il est apparu par ailleurs
- que les jeunes qui ont été les plus battus étaient ceux qui pratiquaient les sports les plus violents, en particulier la boxe.. mais aussi le football, ce qui n'était pas le cas du rugby... comme dans les stades où seuls les rencontres de foot déclenchent la violence ;
- que les enfants qui jouaient volontiers avec des jouets guerriers plutôt qu'avec des petites autos ou des vélos avaient aussi reçu plus de coups que les autres et multiplié les accidents ;
- et que les parents battaient d'autant plus qu'ils avaient eux-mêmes été battus, mais aussi qu'ils avaient été élevés dans des dictatures (Afrique, Europe de l'Est..) : il semble bien exister un cercle vicieux de la violence dont l'enfant, la famille et la société deviennent prisonniers. Ce travail de recherche aboutit aux mêmes conclusions que celles de Marie Coquet et Sylvie Ledoux, chercheurs à l'I.N.S.E.R.M, qui constatent une forte liaison entre toutes les formes de violence, sur soi, sur autrui et subie. Tandis que le Professeur Lau, à l'Université de Hong Kong, étudiant plus de 3.000 petits chinois, note aussi un rapport étroit entre les punitions corporelles reçues et la multiplication des accidents et des maladies.

 Conclusion

Il paraît donc indispensable d'apprendre aux parents et éducateurs que des habitudes culturelles fortement ancrées chez certains d'entre eux, à savoir la pratique des punitions corporelles, n'ont aucun fondement et portent au contraire fortement préjudice aux enfants.
A la fois constitutive de la société et conditionnée par elle, la famille apparaît comme un pôle essentiel du feed-back de la violence, dont l'exacerbation paraît beaucoup plus en rapport avec l'environnement qu'avec la constitution génétique de chacun.

 
Liens
http://www.regardconscient.net/
http://www.violence.de/prescott/bulletin/article-f.html