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Test sièges auto pour enfants
Des résultats inquiètants

Le marché des sièges voiture pour enfants évolue vite et comme vous êtes nombreux à faire des bébés et à nous demander conseil avant d'acheter, voici les résultats d'un nouveau test qui inclut la quasi totalité du marché suisse actuel.

Le plus souvent, ça arrive très bêtement: un court trajet à faire, le stress, le retard... Les enfants montent dans la voiture et on oublie de leur dire de s'attacher. Puis, c'est la fatalité, le manque de chance au bout de l'asphalte, et enfin les regrets. On ne peut rien contre la fatalité, mais il y a des domaines où quelques précautions judicieuses en matière de sécurité permettent, sinon d'éviter le pire, du moins d'en réduire les conséquences. C'est justement le cas des enfants en voiture. On sait aujourd'hui qu'un bon siège, bien adapté, qui permet d'attacher correctement l’enfant, peut faire la différence en cas d'accident. Pourtant, malgré cette certitude, trop d'enfants sont encore mal ou pas du tout attachés en voiture.

Obligatoire jusqu'à 7 ans, conseillé jusqu'à 10 ans

Ces 10 dernières années, plus de 24'000 enfants ont été blessés ou tués sur la route, dont 6'000 comme passagers de voiture. Et rien que pour l'année 1997, 633 enfants de 0 à 14 ans ont été victimes d'accident de la route en Suisse. Sur ce nombre, 25 % étaient passagers de voiture. Combien d'entre eux auraient été vivants ou indemnes s'ils avaient été correctement attachés? Les statistiques ne le disent pas. Toutefois, les urgences des hôpitaux suisses accueillent régulièrement des enfants blessés à cause d'un mauvais siège ou d'une attache inadaptée, mais surtout des enfants qui n'étaient pas attachés du tout.

D'après une enquête réalisée en 1997 par le Bureau de prévention des accidents (BPA) en Suisse, encore près de 40% des enfants de 7 à 12 ans ne sont ni attachés, ni placés dans des sièges. C'est beaucoup trop. Pourtant, un siège pour les enfants est obligatoire jusqu'à l'âge de 7 ans et la ceinture de sécurité est de toute façon obligatoire, à l'arrière comme à l'avant, pour tous les passagers. Ne pas attacher son enfant, même pour un trajet court, même une fois, ça peut être une fois de trop.

Ceinture dangeureuse

Il n'y a pas de deuxième chance après un accident. Alors, même si c'est casse-pieds, même s'ils se débattent et hurlent, on doit attacher les enfants. Il n'y a pas d'autre choix si on veut les protéger. Et surtout, jamais d'enfant sur les genoux! Un adulte ne peut pas retenir un enfant en cas d'accident. Cela dit, attacher un enfant ne suffit pas: encore faut-il que le matériel soit de bonne qualité et bien adapté. Parce qu'en cas d'accident, le siège ou les ceintures de sécurité peuvent se révéler dangereux s'ils sont mal choisis. La qualité du siège et du système de rétention est effectivement primordiale, tout comme la manière d'attacher l'enfant, qui peut différer selon son âge. "On peut constater des lésions crâniennes, des lésions de la colonne et des lésions abdominales, parce que l'appui de la pièce abdominale de la ceinture, au lieu de se faire sur le bassin, se fait sur le ventre et provoque des ruptures du foie, de la rate et des intestins", explique Olivier Reinberg, chirurgien pédiatre. "Pour les petits enfants, l'absorption est meilleure si le dos de l'enfant est tourné vers l'avant, parce que le choc se répartit sur toute la hauteur de l'enfant et dans une coque rigide. C’est évidemment une position optimale pour un enfant qui n’a pas une bonne tenue de la tête, qui n’a pas encore le tonus de sa colonne cervicale ou même pour un enfant qui dort. Mais cette position dos vers l'avant est absolument interdite s'il y a un airbag, car on sait à présent qu’il y a des lésions parfois mortelles liées au gonflement de l’airbag. Ceci devrait être signalé dans les véhicules équipés d’un airbag: on ne peut plus utiliser cette position sécuritaire".

"Pour un enfant un peu plus grand, on prendra un siège tourné vers l’avant. Celui-ci doit toujours avoir un système d’attache à 5 points [2 points d’attache dans le dos au niveau des épaules, 2 au niveau de la taille et 1 entre les jambes], réglable facilement, avec une tenue latérale de la tête. Et c’est seulement quand un enfant est beaucoup plus grand que l'on peut se permettre de n'avoir seulement qu'un réhausseur. Il faudra toutefois combiner ce réhausseur avec la ceinture à 3 points, en veillant à ce que la partie oblique de la ceinture passe bien sur la clavicule et que la partie horizontale passe bien sur le bassin, et non sur l’abdomen".

Pour un enfant, utiliser simplement la ceinture de sécurité qui se trouve à l’arrière ne suffit donc pas et peut même être dangereux. On utilisera encore moins la ceinture du milieu, qui n'est qu'une simple ceinture horizontale. Mais comment fait-on lorsque l'on a un troisième enfant ou un petit camarade à embarquer? "Le problème d'un troisième siège n'est pas du tout étudié et n’a, pour le moment, pas encore trouvé de solution", répond le Dr. Reinberg. "Il est important de dire que, lorsque l'on achète une voiture et que l'on a trois enfants, s’il n’y a qu’une seule banquette arrière, il y aura au moins un enfant qui ne pourra pas être attaché de manière sécuritaire. Pour autant que les deux autres puissent l’être...".

Choisir son siège

Une fois que l'on a pris conscience de tout cela, que l'on est décidé à acheter ou à changer de siège pour son enfant, que l'on a trouvé celui qui correspondait à sa taille et à son poids, on se retrouve vite embêté. Parce qu'à part la couleur du tissu et la forme, il n'y a rien qui puisse nous aider à faire le tri entre les différentes marques: ni les étiquettes, ni les vendeurs ne peuvent nous éclairer sur l'aspect sécurité en cas de choc. C'est pour cela que des tests sont réalisés. En l'occurrence, celui qui suit a été mis sur pied par le Touring Club Suisse (TCS). Si nous avons choisi de le publier, c'est parce que les critères de sélection des sièges, le choix du laboratoire et de la procédure de test sont strictement les mêmes que ceux qu'ABE utilise depuis des années pour ses propres tests.

Le nombre de fabricants de sièges voiture pour enfants a considérablement augmenté ces dernières années. Il suffit de se promener dans les rayons des magasins spécialisés ou des grandes surfaces pour s’en convaincre. Du coup, le choix devient évidemment plus difficile et les catégories de sièges sont aussi plus nombreuses. On en dénombre en tout cas sept, déterminées par le poids de l'enfant:

  • 0-10 kg (de la naissance jusqu'à 9 mois)
  • 0-13 kg (de la naissance jusqu'à 18 mois)
  • 0-18 kg (de la naissance jusqu'à 3 ans)
  • 0-36 kg (de la naissance jusqu'à 12 ans)
  • 9-18 kg (de 9 mois à 3 ans)
  • 9-36 kg (de 9 mois à 12 ans)
  • 15-25 kg (de 3 à 6 ans)

Il vaut mieux choisir un siège selon le poids de l’enfant plutôt que l’âge. En principe, les deux figurent sur les étiquettes, mais le poids devrait être obligatoirement indiqué.

Pour ce test, les 23 sièges les plus vendus en Suisse ont été choisis. Cet échantillon représente presque le 100% du marché suisse. Pour effectuer les essais, le TCS a mandaté le laboratoire allemand ADAC, spécialisé et expérimenté dans ce type de test. La procédure est européenne. C’est la même qu’ABE utilise pour ses propres tests: le siège bébé est installé, selon le mode d'emploi du fabricant, sur une banquette de voiture standard montée sur un chariot mobile. Le laboratoire utilise des mannequins d'enfants de taille et de poids variables, afin de reproduire ce qui se passe dans la réalité. Le mannequin est équipé de capteurs avant d’être placé dans le siège, toujours selon les instructions des fabricants. Un rail et un butoir permettent d’imiter le déplacement d'une voiture et le choc d’un accident. Les ingénieurs simulent ensuite un choc frontal en précipitant le tout à 50 km/h contre le butoir. Lors d’un choc frontal, le corps humain subit une décélération de l’ordre de 50 G. La puissance est telle qu’à cet instant, le corps d’un enfant de 10 kg pèse très exactement une demi-tonne! Une caméra spéciale, qui fournit 500 images par seconde, et les capteurs placés sur le mannequin permettent aux ingénieurs d'observer et de mesurer deux choses:

  1. le déplacement du corps de l'enfant vers l'avant: on observe alors s'il heurte le dos de la banquette avant. C'est ce qu'on appelle le test de maintien;
  2. la pression sur l'abdomen et les organes vitaux exercés par les ceintures. C'est le test de pression.

Ces deux tests permettent de déterminer si un siège remplit bien son rôle de sécurité et s'il n'entraîne pas de lésions internes. "Mais l’aspect maniement est aussi important", relève Jean-Marc Thévenaz, chef Sécurité routière au TCS. "Ca ne sert à rien d’avoir un siège très très bon en termes de sécurité si son maniement est compliqué et peut engendrer des erreurs d’installation ou de fonctionnement. Mais il y a aussi d'autres aspects, comme le côté pratique du siège: s'il est lavable ou pas... Et puis aussi le confort pour le bébé: le rembourrage, les matériaux... L'évaluation est basée sur ces différents critères, mais la sécurité et le maniement restent les deux critères prépondérants".

Test

Le TCS a classé les 23 sièges testés en leur donnant des étoiles. Dans cet échantillon, les étoiles vont de 1 (*) pour les plus mauvais à 4 (****) pour les meilleurs. De notre côté, nous avons ajouté, pour chaque catégorie, les appréciations MAUVAIS, INSATISFAISANT, BON ou TRES BON.

Sur les 23 sièges testés, 8 sont jugés insatisfaisants et un est carrément mauvais, ce qui en fait 9 en tout. C’est beaucoup. Alors, tant qu'à investir de l'argent dans un siège, autant éviter ceux-là.

Il n'y en a d'ailleurs que deux qui remplissent tous les critères de sécurité observés lors du test de simulation d'accident. Nous leur avons décerné la mention TRÈS BON. Mais il faut préciser qu'ils ne sont utilisables qu'à partir de 9 mois pour l’un et 3 ans pour l’autre. Ils ne sont donc pas prévus pour les nourrissons. 2 sur 23: on ne peut pas dire que ce soit très brillant. Il serait peut-être temps que les constructeurs se bougent et mettent l'accent sur la sécurité plutôt que sur l'imprimé des tissus quand ils conçoivent et fabriquent leurs sièges!

Heureusement, du côté des réhausseurs, ils font mieux. Destinés aux enfants plus grands (entre 8 et 12 ans) les réhausseurs testés par le TCS sont tous considérés comme bons et, mis à part le prix, il n'y a pas de différence notable entre eux. Nous n'allons donc pas donner les marques ici. Mais les résultats complets des sièges et des réhausseurs, avec l'appréciation du TCS, figurent dans la brochure "Sièges d'enfants" éditée et diffusée par le TCS (gratuit pour les membres, 10.- pour les non-membres).

Les résultats complets figurent également dans le site Internet du TCS, au format PDF.

Source : http://www.tcs.ch/WEBTCS/TCShome.nsf/key/FRFR_home