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Allaiter un bébé en couveuse

 

S'il y a bien une chose que je voulais plus que tout au monde,
c'est donner mon lait à mon petit bébé, dans sa couveuse.
Tant pis s'il le recevait par "gavage", avec une sonde dans l'oesophage,
passant par son nez, sa ration dispensée au pousse-seringue,
calculée selon des pseudo-tables très savantes...

Au moins, ce serait MON lait, pas du lait "chimique" !

Interdit d'allaiter !

Ma petite Joséphine est née par césarienne à 7 mois 1/2 (suite à une toxémie). Elle pesait 1kg200 et a dû séjourner sept longues semaines en couveuse. Tout ce temps m'a paru une éternité, et les périodes de découragement ont été nombreuses. Le plus dur est de se sentir totalement dépossédée de son enfant. On n'a aucun droit sur lui, sur les soins qui lui sont prodigués, sur la durée de son séjour à l'hôpital.

Pour moi, allaiter ma petite fille était la chose la plus naturelle du monde. Quand je l'ai eue sur moi, deux heures après la césarienne, je l'ai mise au sein, où elle a bu avec vigueur, malgré son petit poids. Elle était bien décidée à vivre, à se battre pour rattraper son retard... Mais quelle n'a pas été ma stupeur quand on m'a interdit de la nourrir ! Il a fallu cinq personnes pour me l'arracher littéralement du sein et me ramener dans ma chambre, sur ma civière. J'étais complètement perdue, désespérée.

A côté de moi, dans la chambre, une jeune maman et son bébé, tout potelé. On lui expliquait consciencieusement comment le mettre au sein... A moi, on a donné une seringue en plastic, pour tirer mon colostrum, si je voulais...

S'il y a bien une chose que je voulais plus que tout au monde, c'est donner mon lait à mon petit bébé, dans sa couveuse. tant pis s'il le recevait par "gavage", avec une sonde dans l'oesophage, passant par son nez, sa ration dispensée au pousse-seringue, calculée selon des pseudo-tables très savantes... Au moins, ce serait MON lait, pas du lait "chimique" !

Exprimer le colostrum

C'est une accoucheuse qui m'a aidée à démarrer cette lactation que je pensais impossible, sans bébé au sein. Au lieu de tirer le lait AVEC la seringue, il faut exprimer manuellement le colostrum, par une sorte de massage du sein et du mamelon, et le faire couler DANS la seringue, munie d'un bouchon. Cela paraît simple, mais c'est mieux quand une sage-femme le fait pour la maman, qui peut alors essayer de se détendre et penser très fort à son bébé. Les quantités sont faibles (5 à 20 ml), car le colostrum est un lait très concentré. C'est aussi le plus riche pour le bébé : anticorps, sels minéraux, etc.

Comme le colostrum évolue à chaque "tétée", il est important de bien dater les seringues, afin de les donner dans l'ordre, si le bébé doit rester à jeun, sous perfusion, quelques jours.

Après un ou deux jours, le colostrum se transforme peu à peu en lait. Il est plus blanc, plus liquide, et les quantités augmentent. On peut alors utiliser un tire-lait (théoriquement, on peut utiliser le tire-lait pour exprimer le colostrum, mais on risque de perdre une partie de ce précieux lait dans l'appareil, d'où le conseil de l'extraire d'abord manuellement).

Tirer son lait

Pour le choix du tire-lait, pas d'hésitation possible : allez ou envoyez votre compagnon acheter un tire-lait manuel AVENT. N'essayez rien d'autre ! Ce site n'est pas sponsorisé par AVENT, mais toutes les autres méthodes et machines (en particulier, celles qu'on donne en maternité) risquent juste de vous décourager, à court ou moyen terme.

Il n'y a pas de recette miracle pour tirer son lait : ni quantité, ni durée standard. Par exemple, on peut tirer un sein à la fois, toutes les trois heures (sauf en pleine nuit !), pendant 10 minutes. Ou les deux seins, toutes les quatre heures, en cas de baisse de lactation par exemple.

Le mieux est d'essayer de suivre le rythme et les quantités qui sont dispensées au bébé (le plus souvent par "gavage"). Si c'est un tout petit bébé, il vaut mieux une sonde gastrique que le biberon, qui risquerait de lui faire perdre le réflexe de succion au sein.

Avant de commencer à tirer votre lait, asseyez-vous confortablement, dans un endroit chaud, où vous ne risquez pas d'être dérangée. Ayez près de vous une bouteille d'eau minérale et, pourquoi pas, un objet ou une photo qui vous font penser à votre petit bébé. Par exemple, vous pouvez vous mettre autour du cou un foulard que vous lui donnerez, chargé de votre odeur rassurante, pour son lit ou sa couveuse.

Quand le tire-lait provoque bien la montée de lait, on sent des picotements dans les deux seins, et le lait vient d'un coup, en "grandes" quantités. Ensuite, le flux diminue, et le lait semble changer de texture : il est en fait plus gras en fin de "tétée". Il ne faut pas négliger ces dernières gouttes, qui sont les plus riches pour le bébé.

Si le lait reste tout clair et en faibles quantités dans le réceptacle (10 à 20 ml), il se peut que la montée de lait ne se soit pas produite. Ne paniquez pas, ça arrive quand on est fatiguée, triste (par exemple si bébé est remis sous perfusion, privé de lait un certain temps) ou inquiète d'être dérangée. Vous aurez encore du lait, ne vous inquiétez pas, la lactation ne s'arrête pas "comme ça". Quelques trucs pour stimuler la lactation : un bisou du papa (sur le sein), prendre son bébé sur soi (quand c'est permis !), faire de longues respirations relaxantes (comme en yoga), dormir un peu... Et réessayer une heure ou deux plus tard.

La première tétée

Il m'a fallu attendre 17 jours avant de mettre, pour la première fois, mon bébé au sein. Jusqu'alors, je pouvais prendre Joséphine sur moi, deux fois par jours, pendant une heure chrono, et assise sur une chaise si dure que je n'aurais pas pu tenir plus longtemps. Joséphine n'arrêtait pas, pendant ces séances "kangourou", de réclamer le sein. On m'interdisait de l'allaiter, et on la gavait par le nez, tandis qu'elle était sur moi. On me disait qu'elle était trop faible pour téter, qu'elle n'avait pas encore le réflexe de succion... Or, non seulement elle arrivait à se contorsionner pour atteindre mon sein, mais elle "tétait" même à travers le soutien-gorge et les compresses d'allaitement ! C'était vraiment un enfer que de lui refuser le sein.

Enfin, voici la première tétée "autorisée". J'étais remplie de peur et de joie à la fois, un peu (ne riez pas) comme une jeune fille qui ferait l'amour pour la première fois. Arrivait enfin ce moment extraordinaire, pour lequel j'avais tant lutté. Assise au milieu des couveuses et des alarmes, sur ma chaise bien dure, face à la vitre où déambulaient les visiteurs, me voici avec bébé. Une infirmière s'apprête à me la plaquer violemment sur le sein. Je la repousse. Pas question de gâcher ce moment ! En râlant, elle s'éloigne en disant : "pas plus de dix minutes, sinon elle va s'épuiser !".

Et bien voilà, pour sa première tétée, ma petite Joséphine a... dormi de tout son saoul. Ce n'était pas son moment, voilà tout. Je n'étais pas déçue, car c'était à elle seule de décider. Sauf que je ne pourrais pas recommencer avant le lendemain...

Sylvie Francotte (http://www.chez.com/accouchement/index.html)