Presse


Test couches-culottes : pas de répit pour le pipi

 

 

Il y a un objet qui a totalement révolutionné la vie quotidienne des jeunes parents, et des mères en particulier, ce sont les couches jetables. En Suisse, elles sont apparues à la fin des années 60. Mais le marché était marginal, car elles étaient chères et peu pratiques. Elles étaient rectangles, sans entrejambe rétréci, donc inconfortables, elles n’avaient pas d’autocollants ou d’attaches astucieuses, et c’était un casse-tête pour les faire tenir, avec fuites garanties en prime ! Demandez à vos mamans, elles confirmeront ! Alors, on se débrouillait avec les langes en coton et les premiers voiles jetables. 

Mais, si les couches-culottes modernes sont incontestablement un progrès pour les parents, pour les fabricants, c’est la garantie d’un produit qui ne risque pas de se  démoder. Il s’en vend pour 100 millions de francs chaque année en Suisse. A l’échelle de l’Europe, c’est un marché de 6 milliards de francs, hyper concurrentiel. 

Le confort de bébé n’a pas toujours eu la même importance qu’aujourd’hui. A l’époque, les bébés pouvaient rester emmaillotés jusqu’à deux jours avant d’être changés. Mais, depuis que l’Occident est converti à la couche jetable et que bébé est changé six fois par jour, les usines ont dû s’adapter à la cadence des consommateurs.

A Villefranche, près de Lyon, l’usine Prod’hygia, du groupe Ontex, produit 45 millions de couches-culottes par mois pour des marques privées de grands magasins. La fabrication commence par le coussin absorbant de la couche-culotte, composé de pâte de papier déchiquetée, à laquelle on ajoute une poudre de polymère. Cet ingrédient a la propriété surprenante de transformer l’eau en un gel sec. Cette poudre absorbe ainsi jusqu’à trente fois son poids. 
Le coussin est enveloppé progressivement de plusieurs couches de papier qui serviront à protéger le bébé de l’humidité, puis fermé et compressé. Ensuite, on y colle les élastiques, les attaches et les voiles anti-fuites, suivis de la bande de positionnement.

Parce qu’il s’agit d’un produit d’hygiène dont l’innocuité est essentielle, l’entreprise peut retracer la provenance de tous les matériaux pour chaque paquet de couches.

C’est donc des adhésifs, des élastiques, et 12 000 tonnes de pâtes à papier que l’usine Prod’hygia envoie dans les magasins chaque année pour fournir à bébé les 4 000 couches dont il aura besoin avant d’être propre.

Mais il n’y a pas que la quantité qui compte, la qualité est aussi à l’ordre du jour. Pour le troisième millénaire, la tendance n’est plus au tout imperméable, mais à la couche qui respire. Pierre Minodier est le directeur commercial de Prod’hygia Ontex : "Deux réponses sont aujourd’hui disponibles sur le marché. Nous nous sommes intéressés aux deux versions. La première version est une version plus tout-en-un, où effectivement le change reçoit une lotion sous forme de gel thermo-soluble, qui évite à la maman d’utiliser plusieurs produits. (...) On s’est tourné vers l’autre voie qui est dans la sélection, je dirais, un peu plus pointue de certaines matières premières pour garantir la respirabilité des produits, et donc répondre avec des arguments plus mécaniques que cosmétiques à cette attente des mères sur la protection des peaux des bébés."

Comme vous le voyez, certaines couches respirent, d’autres ont des lotions, d’autres ont les deux, certaines se disent écologiques... On sent bien que les compagnies veulent se démarquer, mais on ne sait toujours pas laquelle est la plus efficace. C’est ce que nous avons testé, dans un laboratoire français spécialisé. 

A Aix-en-Provence, le laboratoire indépendant ATS a mis à l’épreuve un échantillon de neuf couches-culottes en vente sur le marché suisse. 
Chaque composante a été testée, même les attaches et les adhésifs, car une couche qui tient mal en place a une moins bonne performance en matière d’absorption. Les attaches doivent être assez résistantes pour être repositionnées à plusieurs reprises. 

Les tests ont été supervisés par Armelle Davy-Bevilacqua, ingénieur-biologiste du laboratoire ATS : "Déjà au niveau du non-tissé, on peut voir que dans certains on a des lignes qui sont de la lotion qui permet d’adoucir la peau du bébé. Ensuite, on a ce que l'on appelle une zone d’acquisition qui permet d’acquérir le liquide et d’isoler le bébé de l’humidité du coussin qui est dessous. Dans le coussin qui est en dessous, on a une couche qui permet de distribuer le liquide et par dessous, donc le fluff, la pâte à papier défibrée avec l’hydro-rétenteur, le super-absorbant qui va permettre d’absorber énormément d’eau par rapport à son poids."

Mais encore faut-il que la couche en contienne suffisamment, et qu’elle soit bien conçue. Nous avons d'abord testé les performances du produit qui représentent la plus grande attente des parents, qui sont en fait des performances d’absorption et de garde au sec.
Ces performances d’absorption sont testées sur des mannequins dynamiques, qui reproduisent en fait le mouvement du bébé en configuration nuit et en configuration jour. Ces mannequins articulés sont programmés pour imbiber plusieurs fois les couches avec de l’urine synthétique. Les couches doivent en absorber jusqu’à 240 millilitres le jour et jusqu’à 300 millilitres la nuit.
Nous avons ensuite testé les performances de garde au sec du produit par des moyens optiques pour évaluer la quantité de liquide résiduel en surface sur le produit. Ce qui nous permet en fait d’évaluer la capacité du produit à laisser les fesses du bébé bien au sec.

Résultats

Oui, on observe des différences assez surprenantes, surtout concernant l’attente principale des consommateurs qui est l’absorption et la garde au sec. En fait, de ce point de vue-là, on observe trois niveau de produits. Des produits qui sont satisfaisants à très satisfaisants et qui vont répondre aux attentes des consommateurs pour le jour et pour la nuit. Ensuite, les produits qui sont corrects, qui eux vont répondre aux attentes des consommateurs le jour, et qui la nuit vont être vraiment très variables en terme de capacité d’absorption. Enfin,  un troisième groupe de produits, qui sont insuffisants et qui ne vont absolument pas répondre aux attentes des consommateurs la nuit, et qui vont être moins bien adaptés à l’anatomie du bébé, donc qui vont être vraiment insuffisants.

 

 

La Pampers Premiums est performante de jour comme de nuit, son fini textile respire bien, et en plus, elle est bien enveloppante. Mais c’est une des plus chères du test. (71 centimes l’unité)

Très satisfaisant

 

La Huggies, une exclusivité Migros, est performante le jour et très confortable lorsque bébé joue. Mais son design échancré la désavantage la nuit, où l’on constate beaucoup de fuites. Son fini textile respire cependant deux fois plus que les autres couches. Mais à 61 centimes l’unité, la Huggies a un des moins bons rapports qualité-prix.

Insuffisant

 

La Fixies, une marque de la Coop, a un revêtement textile qui respire bien, mais ne possède pas de ceinture élastique. Le coussin absorbant est un peu trop court et trop épais (50 centimes pièce)

                                                                               Satisfaisant

 

La Moltex, non-blanchie. Son revêtement plastique ne respire pas et elle n’a pas de ceinture élastique. C’est la troisième plus chère, mais ce prix inclut la livraison à domicile par la poste. (68 centimes l’unité). Pour les commandes, s'adresser à Frotti Langes : tél/fax 021/635 23 44.


Satisfaisant

 

La Helen Harper, achetée chez Jumbo, a des fuites la nuit. Le jour, bébé reste parfois en contact avec l’humidité. Son revêtement de plastique ne respire pas. Mais c’est une des couches les moins chères de notre test (38 centimes l’unité). 

Correct

La Libero, achetée à l’Epa, fuit la nuit. Son fini textile respire bien, mais bébé est tout de même mal protégé de son humidité. De plus, c’est la plus chère de notre échantillon (72 centimes l'unité). On peut donc acheter de meilleures couches à meilleur prix. 

 Correct

 

La M-Budget de Migros protège mal bébé contre l’humidité, autant le jour que la nuit. Son revêtement plastique ne respire pas. C’est la seule couche-culotte du test qui n’a pas d’attaches de type Velcro. Mais c’est une des moins chères de notre test (38 centimes l’unité)

                                                                               Insuffisant

 

La Beauty Baby, une exclusivité Denner, absorbe mal la nuit, et reste souvent humide au contact de la peau de bébé. Elle n’a pas de ceinture élastique et malgré son fini textile, elle ne respire pas. En plus, elle est encombrante car très épaisse. C’est une des moins chères (41 centimes l’unité).

Insuffisant

 

Vient ensuite la Milette de Migros. Elle ne contient pas assez de matière absorbante, ce qui rend ses performances aléatoires. La bande de positionnement des attaches n’est pas assez large. Cependant, son fini textile respire bien. Le prix est raisonnable (48 centimes l’unité)

Insuffisant

Comme la performance d’une couche peut varier selon la taille du bébé, le mieux c’est d’essayer plusieurs modèles avant d’arrêter son choix. Un petit truc pour faire des économies, que plusieurs parents connaissent déjà, c’est d’utiliser les couches les moins chères durant la journée, puisque le bébé est changé régulièrement, et de garder les plus performantes pour la nuit.

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir

Plusieurs parents nous ont demandé si le port de couches-culottes pouvait poser un problème chez les petits garçons. En effet, la température des testicules est normalement inférieure, de quelques degrés, à celle du corps. Même si la spermatogenèse n’intervient qu’après la puberté, certains parents s’inquiètent pour la fertilité future de leurs fils. Réponse à cette question et à quelques autres

Stérilité ?
A l’automne 2000, une étude allemande annonce que la pellicule plastique des couches jetables crée un effet de serre autour du corps de l’enfant qui pourrait, selon cette étude, compromettre le développement de l’appareil reproducteur des garçons. Mais les auteurs admettent que ces résultats sont hypothétiques et que d’autres études seront nécessaires pour confirmer ou infirmer la question. Reste toutefois que les parents ont tendance à trop serrer la couche autour de l’enfant, selon Armelle Davy- Bevilacqua. "Il serait souhaitable d’indiquer au consommateur qu'un change ne doit jamais être ajusté sur l’enfant, mais doit toujours laisser une poche suffisamment importante à l’entrejambe pour recevoir le liquide, laissant ainsi les appareils génitaux suffisamment éloignés du corps".

Pollution
Nos poupons sont de véritables petits pollueurs. Chaque bébé, avant d'atteindre le stade de la propreté, produit environ une tonne de couches-culottes souillées. En Suisse, chaque année, 336 millions de couches de bébé finissent dans les incinérateurs, sans compter les couches-culottes pour adultes incontinents. A l'usine d'incinération des Cheneviers, dans la région de Genève, cela représente, annuellement, 10 000 tonnes de couches-culottes à brûler, soit plus de 3% des déchets domestiques. Une somme importante de déchets, concède Pierre Ammann, directeur de l'usine. "Des analyses ont été faites dans d’autres cantons, à Bâle notamment, pour essayer de voir comment on pourrait réduire cette quantité de déchets. C'est une chose peu connue, mais il faut savoir que dans les EMS, les maisons de retraite, environ 60% des gens sont soignés avec des couches-culottes. Par des mesures simples d’organisation et de communication entre le personnel soignant et le patient, on pourrait réduire la quantité de déchets d'environ 50%". En attendant, la combustion des couches en incinérateur crée une importante quantité d’énergie qui est réutilisée par le canton. "On peut imaginer que l'on produit environ à peu près 5000 MgW/H avec ces couches-culottes", explique le directeur de l'usine, "ce qui fait à peu près le cinquième de la consommation d’éclairage public d’un canton comme celui de Genève". Après la combustion, les cendres résiduelles sont coulées dans du ciment et entreposées à perpétuité.
   
Dans les pays où les déchets finissent dans des sites d’enfouissement au lieu d’être brûlés, la couche met des années à se dégrader, ce qui est problématique. Mais on verra peut-être bientôt sur le marché une couche contenant une substance chimique qui accélère sa décomposition, un peu comme un produit frais qu’il faudra utiliser rapidement. Et Pierre Ammann d'ajouter qu'il faudrait que les consommateurs soient sensibilisés à ce fait-là,
"c’est-à-dire à considérer ces produits comme des produits dégradables qui ont forcément une durée de vie limitée dans le temps; ils pourraient être vendus à côté des yaourts, pourquoi pas ?!"
    
Mais, avant même d’être salies, les couches-culottes posent également un problème environnemental. Pour des raisons d’hygiène, elles ne sont pas fabriquées avec des fibres recyclées. Chaque bébé consomme donc entre 5 et 12 arbres avant d’être propre. De plus, le blanchiment du papier nécessite l’utilisation de produits chimiques et d’une grande quantité d’eau, qu’il faut ensuite dépolluer. Pour répondre à cette préoccupation, la compagnie allemande Moltex fabrique ses changes avec de la pâte de papier non blanchie. Cela diminue de 50% la charge polluante dans l’eau et donc diminue la consommation d’énergie nécessaire pour la dépolluer. La question écologique implique un changement dans l'aspect extérieur de la couche et en fait "un produit un peu moins blanc, un peu moins attractif à l’œil, mais qui peut être tout aussi performant", explique Armelle Davy-Bevilacqua. L'Allemagne est un des rares pays où cette modification de l'aspect extérieur du change est bien acceptée par le consommateur.

Produit dangereux ? 
Récemment, Greenpeace a accusé l’industrie d’empoisonner les enfants. Le groupe écologiste a trouvé du tributyrine d’étain, ou TBT, dans les couches-culottes des grandes marques. Le TBT est un produit extrêmement toxique, utilisé comme antifongique sur les coques de bateaux. Dissout dans la mer, on le retrouve ensuite dans une grande quantité de produits. Chez Prod’hygia Ontex, Pierre Minodier explique que le risque a été identifié ; "aujourd'hui nous prenons toutes les dispositions dans nos cahiers des charges pour obliger nos fournisseurs à utiliser d'autres types de matières premières dans la fabrication de leurs produits". Selon l'office fédéral de la santé publique, la présence de TBT dans les couches-culottes était de toute façon infime. En effet, le TBT serait dangereux, mais seulement si un bébé avalait deux kilos de bande élastique.

Fesses irritées 
La grande préoccupation des parents restera toujours les irritations cutanées des bébés, en contact 24 heures sur 24 avec leur couche. Un problème que connaissent bien les dermatologues, confirme Anne-Marie Calza, elle-même dermatologue à Genève : "le principal problème, c’est l’irritation du siège. Que l'on ait des problèmes de peau à la base, ou non, cela peut arriver. Le second problème qui vient en tête de liste, ce sont les eczémas : 12 à 15 % des enfants en souffrent et ce sont principalement ces enfants-là qui vont avoir des problèmes avec des couches-culottes et d’autres ingrédients qu’on peut leur poser sur la peau". Parmi les produits potentiellement problématiques, les lingettes humides de nettoyage, confirme la doctoresse. "Les dermatologues apprécient moyennement ce genre de produit. Certes, c’est bien pratique pour changer un bébé lorsque l'on voyage ou que l'on mange à l’extérieur. Mais, cette petite lingette qui est humide, si elle reste à l’intérieur de l’emballage sans moisir, c’est que, bien sûr, il y a un facteur de conservation. Et on sait que la plupart de ces petites lingettes contiennent des dérivés formolés, à des taux qui sont tout à fait autorisés, même en-dessous du taux autorisé, mais, chez certains enfants, toujours ces enfants à eczéma, cela peut provoquer des irritations, c’est clair !"

Voilà, ABE espère avoir répondu à quelques-unes des questions que vous vous posez. Ce thème d'émission est dédié à Tanguy, Quentin, Luna, Paul, Noah et tous les autres petits et petites qui vont devoir se balader pendant encore bien des mois avec quelques grammes de coussin absorbant sur le derrière.

Source ABE le 29 mars 2001 (http://www.tsr.ch/emission/abe/archive/01/010313.html)