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Choisir un lait approprié pour remplir le biberon des nourrissons

Les nourrissons ne peuvent pas consommer le lait de vache nature. "Dès 1771, les médecins recommandaient de le couper avec de l'eau bouillie", indique Marie-Claude Delahaye dans son livre Bébés au biberon (Hoëbeke, 92 p., 20 € ).

"Chez la vache, dont les veaux doublent leur poids en deux mois, trois fois plus vite que les petits humains, la teneur du lait en protéines et sels minéraux est trois fois plus élevée que celle du lait de femme. Inversement, ce lait de femme est riche en lactose et acides gras insaturés, indispensables au développement cérébral du petit homme, deux fois plus rapide que celui du veau", expliquent Jacqueline et Lyonel Rossant, auteurs de l'ouvrage Bien nourrir son bébé(Odile Jacob, 816 p., 29 € ).

On modifie donc la composition du lait de vache pour le rapprocher le plus possible du lait maternel en agissant sur les proportions des deux principaux protides. En effet, dans le lait maternel il y a 40 % de caséine et 60 % de protéines solubles. Dans le lait de vache, le rapport est de 80 % de caséine et de 20 % seulement de protéines solubles. Or, si la caséine nourrit bien, elle est plus difficile à digérer. Des procédés industriels permettent de modifier les taux selon les effets recherchés et d'ajouter vitamines et sels minéraux.

Cependant, il n'y a pas de solution miracle : plus il y aura de caséine, plus le bébé sera rassasié... mais constipé. A l'inverse, avec un lait à forte teneur en protéines solubles, donc plus fluide, l'enfant aura tendance à régurgiter et aura faim plus rapidement.

On réduit ces inconvénients, en diminuant le taux de lactose et en ajoutant d'autres sucres autorisés par la réglementation, notamment le malto-dextrose. On peut aussi introduire des ferments lactiques qui facilitent la digestion (lactobacillus), soit directement dans le lait, soit en l'additionnant d'oligo- fructosacharides destinés à "doper" les lactobacillus déjà présents dans l'intestin : ce sont des produits "probiotiques" et " prébiotiques".

Toutefois, les fabricants ne se sont pas arrêtés en si bon chemin et on voit fleurir sur le marché près de 150 produits parmi lesquels il est difficile de distinguer ce qui relève de l'utile ou du pur marketing. Les laits "anti-régurgitation"(appelés aussi "laits confort") appartiennent à la deuxième catégorie. Ils contiennent un épaississant : amidon de maïs, de riz, de pomme de terre, ou d'autres substances comme la farine de caroube. Mais Lyonel Rossant, pédiatre, met en garde : "La caroube peut accroître les troubles digestifs. On ignore si les bébés régurgitent davantage qu'autrefois ou si ce sont les parents qui y sont plus sensibles aujourd'hui."

On trouve des laits de soja, des laits sans lactose, des laits à la fois épaissis et solidifiés, des "laits transit" pour bébés constipés, des "laits satiété" pour les bébés qui ont tout le temps faim. Quant aux laits de suite à partir de 4 mois, "laits deuxième âge" et "laits de croissance", leur composition est identique ; seule la présentation, en poudre ou liquide, varie.

Concurrence acharnée

Parmi les autres astuces commerciales, signalons les "laits hypoallergéniques" (HA), dont on a fragmenté les protéines. Souvent conseillés en complément de l'allaitement maternel, ils ne doivent en aucun cas être prescrits aux enfants réellement intolérants aux protéines de lait, qui prendront obligatoirement des substituts de lait ou "hydrolysats poussés de protéines", laits synthétiques sans protéines de lait de vache.

Les nouvelles formules prétendent s'inspirer des dernières découvertes scientifiques, mais les spécialistes estiment que ces innovations se fondent sur des études trop peu significatives et réalisées sur un nombre trop restreint de cas. Jean-Loup Allain, du Syndicat français des aliments de l'enfance reconnaît que les "laits prébiotiques" et "probiotiques" n'ont pas fait la preuve de leur efficacité en matière de stimulation des défenses immunitaires, comme l'a dit l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments ; mais, selon lui, "l'avantage bénéfices-risques reste largement positif".

Les enjeux économiques sont énormes : on compte 2,3 millions d'enfants de moins de trois ans. Or, si 54,5 % des mères allaitent à la naissance (Le Monde du 24 septembre 2003), elles ne sont plus que 15 % à le faire au-delà du troisième mois. Les marques se livrent à une concurrence d'autant plus acharnée qu'elles ne bénéficient plus des "tours de lait" dans les maternités. En effet, le décret du 30 juillet 1998 (no 98-688, JO du 8 août 1998), leur interdit de fournir gratuitement du lait aux maternités. De plus, la publicité ne peut porter que sur les "laits deuxième âge".

Les maternités achètent maintenant des stocks aux marques qui leur consentent des conditions avantageuses. La mère n'a donc pas le choix au départ. Ce n'est qu'au huitième jour que le pédiatre pourra prescrire un changement de lait, s'il estime que celui qui lui a été imposé ne convient pas à l'enfant. Il se base sur la courbe de prise de poids et la présence de troubles.

Enfin, des écarts de prix importants sont constatés selon le lieu d'achat, et la comparaison est difficile, car il faut se livrer à un cal-cul pour évaluer le prix au litre. Les dilutions varient d'une marque à l'autre (chaque boîte est équipée de sa propre mesurette, de 3 à 4,5 grammes). Un conseil : se référer aux indications pour 100 millilitres, de préférence aux calories.

Michaëla Bobasch

• Source : Le Monde article paru le 11.02.2004