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Allaitement maternel ou biberon,
un choix délicat pour les nouveaux parents
 

En perte de vitesse dans les années 1970-1980, l'allaitement concerne aujourd'hui 54,5 % des Françaises (contre 97 % des Suédoises). En dehors des contre-indications médicales, sur le plan physiologique, le lait maternel est aseptique, riche en anticorps, facile à digérer pour l'enfant, qu'il préserve de l'allergie aux protéines de lait de vache. Pour la mère, l'allaitement provoque des contractions qui aident l'utérus à reprendre ses dimensions initiales ; il réduirait aussi le risque de cancer du sein (Le Monde du 23 mars).

Sur le plan pratique, l'allaitement est économique (une boîte de lait coûte de 15 € à 22 € ) et les tâches matérielles réduites : "Pas de biberon à préparer ni d'attirail à transporter pour voyager avec bébé", se félicite Marie. "En revanche, le père, dispensé de se lever la nuit pour donner le biberon, prend de mauvaises habitudes."

Sur le plan affectif, le couple mère-enfant vit des moments privilégiés. "C'est une proximité émouvante, une relation charnelle extraordinaire, un plaisir incroyable", s'enthousiasme Julie. Au point qu'elle s'insurge contre le remplacement progressif des tétées par des biberons lors du sevrage : "Quelle cruauté que de supprimer le bonheur par tranches !"

Pour éviter que le père ne se sente exclu, Patricia Giglia, infirmière et mère de trois enfants, recommande de "lui confier d'autres tâches : changer et baigner le bébé, ou même, la nuit, lui donner le lait maternel préalablement stocké, dont la durée de conservation va de dix heures à 22 °C jusqu'à cinq jours à 6 °C, et trois mois dans un congélateur".

Cette pratique permettra aussi à la mère de s'absenter dans la journée et, plus tard, de reprendre son travail sans interrompre l'allaitement. Pour cela, on louera un tire-lait électrique, dont le rythme se rapproche de celui de l'enfant (cinquante succions à la minute) : 15 € par semaine, remboursables par la Sécurité sociale ou la mutuelle.

"Le risque de l'alternance tétées-biberons est celui de la confusion sein-tétine, la "technique" mise en œuvre par le nourrisson étant différente : pour téter, il comprime l'aréole entre la langue et le palais, pour le biberon, il doit au contraire ralentir le débit avec la langue. C'est pourquoi il est préférable de le faire boire au gobelet ou à la cuiller", conseille Claude Didierjean, de la Leche League, association pour la promotion de l'allaitement.

Le code du travail prévoit des pauses (une heure par jour, non rémunérée, sauf dans certaines conventions collectives) pour tirer son lait ou allaiter (article L224-2).

La mise au sein précoce permet de nourrir l'enfant grâce au colostrum, un liquide épais, de couleur jaune, riche en protéines et en anticorps. Jusqu'à présent, on pensait que la lactation était liée à la stimulation de la glande mammaire par la tétée. Mais, selon des études australiennes récentes, le sein fonctionnerait aussi comme un réservoir dont la capacité de stockage et la rapidité de fabrication du lait varieraient selon les femmes.

Sevrage progressif

La montée de lait peut être lente et douloureuse. "Mon bébé hurlaitparce qu'il avait faim", se souvient Marie. "On ne se rend pas compte des quantités prises par l'enfant", s'angoissent les mères. Selon les partisans de l'allaitement, il est inutile de consulter en permanence la balance, mais nécessaire d'allaiter à la demande, car le lait le plus nourrissant vient en fin de tétée.

Autres désagréments, les engorgements et les crevasses. "On désengorgera les seins sous une douche chaude, en exerçant une pression sur l'aréole. Quant aux crevasses, gerçures provoquées par la macération, on les préviendra par un nettoyage avec un brumisateur et un séchage soigneux", conseille Patricia. Enfin, il est indispensable d'adopter une bonne position lors des tétées, en plaçant l'enfant de manière qu'il prenne dans la bouche tout le mamelon et la plus large surface de l'aréole.

En cas de difficultés, on trouvera de l'aide auprès d'un centre de protection maternelle et infantile (PMI), de la sage-femme chargée des suites de couches à l'hôpital ou de la Leche Ligue (http://www.lllfrance.org/ ), qui donne des conseils gratuits par téléphone (01-39-584-584) et organise des réunions de groupe pour les mères.

Le sevrage doit être progressif, pour éviter l'engorgement des seins. Avant le sixième mois, on remplace peu à peu les tétées par des biberons ; la lactation se tarit en une à trois semaines, avec le secours d'un médicament, si nécessaire. On peut aussi donner l'excédent à un lactarium. Vers le sixième mois, on mettra à profit la diversification de l'alimentation de l'enfant pour espacer les tétées. Quant au sevrage naturel, il survient lorsque l'enfant refuse le sein, entre 7 mois et 2 ans.

"Ma poitrine va-t-elle tomber ?", se demandent des mères. Les risques peuvent être contrôlés en évitant l'engorgement des seins, qui provoque des changements brusques de volume, et en adoptant un régime approprié, dont il faut bannir l'alcool, qui passe dans le lait.

Enfin, le choix entre l'allaitement et le biberon est une affaire de couple. "Si la femme considère davantage le sein comme un objet érotique que nourricier, elle ne doit pas céder à la mode du bio-lolo", conclut Patricia Giglia. Mieux vaut donner le biberon avec plaisir que le sein à contrecœur.

Michaëla Bobasch
Source : Le Monde du 23.09.03